Samedi dernier, j’ai emmené ma fille de 7 ans à un atelier cuisine dans le village d’à côté. L’idée : des gamins et des résidents d’un Ehpad qui préparent ensemble une tarte aux pommes. Sur le papier je me disais que ça allait durer vingt minutes avant que tout le monde s’ennuie. Trois heures plus tard, j’ai dû quasiment arracher ma fille des bras d’une dame de 82 ans qui lui apprenait à faire des rosaces avec les pommes. Voilà. C’est comme ça que je me suis retrouvé à écrire sur ce sujet.
Parce que franchement, je pensais que ce genre de trucs, c’était un peu gadget. Une case à cocher pour les mairies qui veulent avoir l’air modernes. Et en fait pas du tout. Ces rendez-vous entre générations, ça explose partout en France depuis un ou deux ans (rien à voir avec des plateformes ultra-connues comme Alexander Casino ou le casino qui monte en ce moment côté loisirs adultes, on est sur autre chose, du très local, du très humain). Et quand tu creuses, tu te rends compte que ça marche pour une raison simple : les deux camps y trouvent leur compte.
À Vasselay, dans le Cher, un bingo intergénérationnel a réuni 70 personnes, enfants et adultes mélangés. Soixante-dix. Dans un centre de loisirs de village. J’ai vu les photos, y’a des gamins de 6 ans à côté de retraités qui vérifient les grilles ensemble, et tout le monde a l’air de kiffer pareil. Le bingo c’est peut-être ringard, mais c’est aussi un des rares jeux où l’âge n’a strictement aucune importance. Un chiffre sort, tu le coches. Pas besoin d’être rapide, pas besoin d’avoir des réflexes. Génial, en fait.
À Hauteville-sur-Mer, dans la Manche, ils font revenir chaque année une grande dictée intergénérationnelle. J’adore le concept. Tu mets un môme de CM2 à côté d’un ancien instituteur retraité, et tu leur balances le même texte. Devine qui stresse le plus.

(Spoiler : les adultes.)
Ce qui est marrant c’est que ce genre d’initiative, on la retrouve aussi bien dans des grosses médiathèques que dans des patelins de 400 habitants. À Guiscriff, en Bretagne, ils ont fait une veillée en breton où les anciens racontaient des histoires aux enfants. Sur un site qui s’appelle Loisirs en gare, en plus, cadre parfait. À Cambremer, en Normandie, ils ont organisé des ateliers créatifs sur plusieurs semaines. Le retour des organisateurs c’était grosso modo : « on n’a pas eu besoin d’animer, ils se sont animés tout seuls ». Et à Pontgibaud, en Auvergne, l’accueil de loisirs « Les p’tits volcans » bosse régulièrement avec l’Ehpad du coin — un peu comme une conférence dédiée aux risques du jeu qui réunit des professionnels autour d’enjeux communs. C’est devenu une routine, un truc normal.
Perso ce qui m’a le plus surpris avec ma fille, c’est le silence dans la voiture au retour. Elle est du genre à raconter sa journée en boucle. Là, elle m’a juste dit « Papa, Madeleine elle a connu la guerre. » Puis plus rien pendant dix minutes. Elle digérait. Et c’est ça le truc que je n’avais pas anticipé : ces ateliers, ce n’est pas juste de l’occupationnel. Les gamins entendent des histoires qu’ils n’entendraient jamais autrement. Et les résidents, eux, ils retrouvent un rôle. Ils transmettent. C’est bête à dire mais dans un Ehpad, on te transmet rarement quelque chose à faire.
Le truc c’est que ça demande zéro moyens, en vrai. Une salle, deux animateurs motivés, un peu de matos. Pas besoin d’équipement de ouf, pas besoin d’appli, pas besoin d’un budget de folie. Une dictée, un bingo, un atelier tarte, une veillée contes. Des activités qu’on faisait déjà il y a cinquante ans, sauf qu’on les fait ensemble maintenant.
Et je crois que c’est ça qui explique le boom. On sort d’une période où tout le monde était scotché sur des écrans, chacun dans sa bulle générationnelle. Les ados sur TikTok, les grands-parents sur Facebook, les gamins sur YouTube Kids. Zéro croisement. Alors quand tu remets tout ce monde autour d’une table avec de la farine et des pommes, il se passe un truc.
Je vais pas te faire le laïus sur « le lien social » et tout, parce que c’est exactement le genre de vocabulaire qui vide les mots de leur sens. Mais concrètement, ma fille m’a redemandé quand est-ce qu’on y retourne. Trois fois dans la semaine.
Si t’as une mairie, une asso, un centre de loisirs près de chez toi, jette un œil à leur programme. Y’a de grandes chances qu’ils fassent déjà ce genre de trucs, ou qu’ils cherchent des familles motivées pour lancer une première session. Et si y’a rien, ben… propose. C’est aussi comme ça que ça démarre, ces histoires.
Madeleine a 82 ans et elle sait faire les rosaces mieux que moi. Voilà où j’en suis.
